Paris Austerlitz, 29 juillet, 22h00... Les trains de nuit n'ont plus de secrets pour moi depuis le temps que mes chemins me mènent vers le sud; et comme toujours, je savoure ces Lunéa (devenus Intercités) qui bercent mes nuits avant le grand jour...

Irun (et Hendaye en arrière-plan), vu du 'Camino'
Irun, 30 juillet, 9h00... Je suis accueilli par un ciel bleu azur, ensoleillé, sur le quai de la gare mais comme d'autres touristes, cet accueil se double d'un  "PASSPORT PLEASE !"... Je proposerais bien aux gendarmes mon "passeport de pèlerin", alias ma credencial, mais pour l'heure je suis comme un apatride sur le Camino car je dois encore me procurer ce fameux sésame à l'Albergue des peregrinos, à quelques centaines de mètres de là. Passé ce contrôle, je me retrouve donc rapidement devant l'auberge en suivant les flèches jaunes caractéristiques des 'Camino de Santiago' espagnols, doublées ici d'un "A" (signifiant "Albergue"). Je gravis la volée d'escaliers et me retrouve face à une porte incrustée d'un judas, vous savez cet oeilleton particulier qui permet de voir... sans être vu. Mauvais présage ? Je frappe à la porte et apparaît une dame rondouillarde...
  • Moi : "Buenas dias, es posible tener aqui la credencial, por favor... ?"
  • Elle : (après un moment de silence doublé d'un regard hésitant) : "No tiènes ?", me répond-elle, sans un sourire, en insistant bien sur les syllabes...
  • Moi, surpris par cet accueil disons "particulier" et après quelques secondes de réflexion (ben, non, si je la demande, c'est que je ne l'ai pas), je réponds, un brin hésitant : "No..."

Ria de Pasaia
L'hospitalera que je vois à présent face à moi comme une gardienne de prison, me fait finalement rentrer et me demande... mon passeport (cela doit être une tradition à Irun) non sans me tendre, sans un regard et toujours sans un sourire, le formulaire ad hoc à compléter ! J'ose, en passant, lui demander si beaucoup de pèlerins empruntent en ce moment le Camino del Norte. La réponse tombe, sèche : bastante !  Bien, bien...  Vive les Lunea qui m'ont permis de ne pas devoir passer une nuit ici... Quelques minutes plus tard, délesté de 2 € mais avec ma credencial en poche, je ne suis pas mécontent de me mettre en route !
Les craintes inhérentes à chaque départ se dissipent comme neige au soleil lorsque les premiers pas s'impriment sur les sentiers. Yes ! Le "Camino" peut commencer, non sans me prendre au préalable un petit déjeuner éclair dans une panaderia !


Au sortir d'Irun, je suis accueilli en bordure du Parque ecologico de Plaiandi par une cisticole égrainant dans le ciel quelques notes de son chant caractéristique : "tsip...tsip...". Quelques vautours et un percnoptère, superbes rapaces, un peu plus loin...

 
Passage du Pasai Donibane en bateau
Pour un premier jour, pas d'excès, c'est une petite étape de 28 km qui m'attend avec deux collines à grimper, séparées par le Ria de Pasaia, comme me l'explique mon volumineux topo-guide... Mais avant, direction le Sanctuaire de Guadalupe que j’atteins moins de 2h plus tard. Peu après, deux voies possibles, l'une pour "alpinistas" grimpant vers le sommet de la bute (Monte Jaizkibel) qui doit offrir une vue de toute beauté sur la côte. Mais pour un premier jour, je préfère fouler la voie "classique", à flanc de coteau  afin de préserver mes pieds qui devront engloutir 900 km en trente jours jusqu'à Santiago. L'alpinisme, ce sera pour une autre fois...

C'est la fête au village de Pasai Donibane et les drapeaux nationalistes et indépendantistes sont accrochés sur toutes les façades. Bienvenue au Pays Basque ! Pause, de l'autre côté de la baie, à Pasai San Pedro. Les anchoas d'un bar voisin me font de l'oeil. Après quelques poissons et une 'cerveza', je redémarre une demi-heure plus tard... Reste 10 km et le "Monte Ulia" à gravir.



Peu après le port, le chemin monte sec et se transforme en un superbe sentier de sable bucolique surplombant la côte. Mais bientôt le Camino se sépare du GR 121 qui, lui, semble se poursuivre sur la côte. J'hésite à poursuivre sur le GR... J'opte finalement pour le camino, mal m'en pris, car ce dernier se poursuit, lui, sur le... bitume. Et le bitume, j'aurai de multiples occasions de l'imprimer dans mes semelles comme je le découvrirai plus tard...

Peu avant San Sebastian, le fléchage jaune du Camino de Santiago aboutit au milieu des bois à un bar-restaurant et puis, nada, plus rien ! Le bar est fermé, et personne pour me renseigner... Pilar, une autre pèlerine est dans la même situation. Serait-ce un de ces attrape-pèlerins pour nous amener à consommer ici ? Deux possibilités... Je prends le sentier principal dans l'axe de l'Auberge qui mène, quelques centaines de mètres plus loin, à une route où un joggeur me remet sur le chemin à prendre (NB: à la route, prendre à droite puis, à hauteur de barrières blanches, descendre des escaliers vers la plage). Je croise quelques autres pèlerins, perdus, comme moi...

Les bars de San Sebastian offrent une diversité de pintxos !
Mais San Sebastian se dessine, non loin... Les flèches disparaissent également à l'entrée de la localité mais la carte de mon topo-guide suffit pour me guider jusqu'à l'auberge. De nombreux pèlerins y sont déjà. Je fais la file. Inscription (donativo), douche... Je papote avec un compatriote liégeois, Philippe, qui vient de passer 10 jours  sur la Via de la Plata que je connais pour l'avoir parcouru en 2008, camino qu'il a du abandonner (le faire en été, quelle folie !). Le voici donc coincé ici avec une tendinite qui l'empêchera de poursuivre.

Le pays basque est réputé pour ses pintxos. Et vous pouvez compter sur moi pour faire honneur, ce soir, à la gastronomie régionale en savourant diverses préparations... dans trois bars différents ! Et le chemin ne fait que commencer...

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