Tôt ce matin, dans la pénombre du jour naissant, je suis accompagné par le chant des grillons des bois dès la sortie du village. J'espérais croiser un loup en gravissant los montes de Oca mais il y a bien longtemps qu’ils ont du déserter les lieux comme les brigands qui, autrefois, y détroussaient les pèlerins. Pour Aymeri Picaud, dans le Codex Calixtinus (guide du pèlerin), cette étape était l'ultime épreuve entre la sauvage Navarre et l'accueillante Castille. Au sommet de la première montée, une stèle commémore des résistants tués en 1936 et enterrés dans une fosse commune mise à jour en 2011. Macabres découvertes…

Au loin le jour se lève à travers des nuages sombres. La vie commence à renaître et ma marche est accompagnée sur quelques mètres par un rouge-gorge comme pour me guider dans la pénombre et par le chant des mésanges noires et des bec-croisés, deux espèces d’oiseaux qui confirment que les conifères ne sont pas loin… Mais pour l’heure, ce sont surtout des bois de chênes et de pins sur sol sablonneux, couverts de callunes et de bruyères, que je traverse...

12 km plus tard, San Juan de Ortega et son monastère en train d’être restauré. Son unique bar accueille notre première pause café. La suite du parcours jusqu’à Attapuerca offre encore de superbes paysages - si ce n’est les derniers km le long d’une route -, des forêts de chênes avec quelques individus majestueux qui dominent le paysage au sommet d’une colline. 

Attapuerca est connue pour son homme préhistorique. Un centre d’interprétation moderne, visible de loin, lui est consacré. Nous décidons de faire le détour pour le visiter. Mal nous en prit, le célèbre homme dont on ne dispose que quelques fragments de mâchoires se trouve ailleurs, dans un musée, et le centre d’interprétation n’est accessible qu’aux groupes organisés de minimum 50 personnes. Merci de penser aux pèlerins à pied et de l’annoncer sur les panneaux indicateurs !

A coté de l’ancienne école d’Attapuerca reconvertie en maison communale se trouve un magasin-bar. Nous nous y arrêtons pour manger un bout. Je prends une empanada au thon, la première… qui sera aussi la dernière du séjour. Après deux coups de mâchoires, je découvre l’intérieur, noir, tapissé de moisissures de je ne sais combien de jours voire de semaines… Confuse, la gérante me la remplace sans me la faire payer, c’est le moins que l’on puisse en attendre.

En chemin, Eduardo papote avec une dame. Elle nous apprend que chaque année des pèlerins meurent ici en chemin… Elle ne nous dit pas si on a retrouvé dans leur estomac des restes d’empanadas...

Quittons Attapuerca, direction Cardueña Riopico, notre étape du jour. Le chemin longe un terrain militaire de haut intérêt biologique. Une alouette lulu y chante et j’y entends des cris de bruants. Chez nous, un tel site serait en réserve naturelle et sous haute surveillance. Ici aussi il l’est, mais par les militaires. Au sommet de la colline, une croix et une vue sur Burgos qui se profile au loin et dont on discerne à peine la cathédrale.  Encore 2,5 km et nous atteignons notre destination du jour : Cardueña Riopico.

Bon à savoir :
Le refuge municipal de Cardueña Riopico (correct, 16 places, 5 €, une seule douche) se trouve à côté du bar “La Parada” (menu del peregrino 8 €, correct, sans plus).

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