La chape nuageuse du soir s’est transformée cette nuit en pluie. Ce matin, la bruine a fait son retour et je profite d’une légère accalmie pour replier rapidement mes affaires.

Depuis hier, le GR emprunte de plus en plus souvent de larges sentiers caillouteux, voire, comme aujourd’hui, des routes (D 113) sur plusieurs km, ce qui me laisse un goût amer… De plus, à part les gorges de Holzarté, les paysages manquent un peu de cachet. J’arrive à Saint-Engrace et me prends mon meilleur petit déjeuner du séjour au gîte en face de l’église romane de Senta. Vers 9h30, le temps est toujours aussi maussade mais madame l’aubergiste rassure les randonneurs sur l’issue positive de la météo qui devrait afficher beau fixe en fin de matinée... La suite démontrera le contraire.

Le topo-guide conseille, par très mauvais temps, de prendre une variante qui longe la D113. Mais encore de la route, non merci ! Au diable les conseils du topo-guide, j’emprunterai donc la voie classique du GR 10. Elle traverse une vaste hêtraie et une étroite gorge calcaire humide dans laquelle s'ancrent des langues de cerf et d’autres végétaux caractéristiques des forêts de ravin.

La brume donne une ambiance toute particulière et invite à traverser cet espace d’un pas religieux. Les hêtres, avec leur tronc gris, se fondent avec les parois rocheuses calcaires de même couleur. Seul le bruissement des gouttes d’eau sur les feuilles donne une ambiance sonore au lieu…

De-ci, de-là, les troncs présentent de beaux « Pulmonaires », lichens sensibles à la pollution utilisés comme bioindicateur de la qualité de l’air. Preuve s’il en est qu'ici l’air est de qualité ! Le chemin traverse des forêts puis des pâturages parsemés de bruyères… Et le brouillard, toujours présent, n'autorise pas une visibilité à plus de 100 mètres.

Une fois de plus, je peste : le balisage est déficient à plusieurs endroits ! A hauteur d’un abreuvoir, les marques du GR se perdent même dans le smog. Je sors ma boussole et mon topo-guide où, heureusement, le bassin est renseigné. C’est clair, il faut piquer plein Est ! J'escalade la colline à la boussole dans cette direction tout en gardant à l’œil des points de repères pour éventuellement rebrousser chemin. Me perdre dans le brouillard, je n'y tiens pas !

Au sommet de la colline, sur ma droite, je distingue vaguement ce qui ressemble à une sente rectiligne empruntée par des animaux. J’y vois des traces de pas humains, je les suis et, oh miracle, je retrouve les marques rouges et blanches !

Le col de La-Pierre-Saint-Martin (1760 m), enfin ! Vaste panorama parait-il, mais dans la brume, point de pic d’Anie à l’horizon, juste le bitume de la D 132. Une fois de plus, le GR longe une route, une de trop... Et comme si c'était un argument touristique, « Ici les Pyrénées sont Atlantiques ! » rappelle un panneau illustrant... des montagnes sous la brume ! Non, sans blague !

Trempé, j’atteins le refuge Jeandel. Il est complet mais on rajoute un lit de camp. Heureusement car aujourd'hui je n'ai nulle envie de planter la tente !

19h00, les assiettes apparaissent, l’heure du festin approche. Jean, le maître des lieux, ne manque pas de faire tourner sa boutique en écoulant du Jurançon, un vin apéritif produit au pied des Pyrénées. Un délice ! En fin de journée, les nuages se lèvent, laissant apparaitre, au pied du refuge, la station de ski de La-Pierre-Saint-Martin. Une horreur architecturale ! Je croise les doigts pour que le brouillard revienne vite la recouvrir...

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