Cela craint ce matin… En sortant ma tête de la tente, je découvre une chape nuageuse qui recouvre le Col de Saucède traversé la veille. Mais l’optimisme est de rigueur, car à l'opposé, en direction d'Arrens-Marsous où mes pas doivent me mener, un coin de ciel bleu apparait dans le soleil naissant. Le courage me manque ce matin : sortir de mon sac de couchage est une véritable épreuve. Mais l’effort le plus pénible que j’anticipe c’est de remettre mes chaussettes et mes chaussures détrempées qui n’ont évidemment pas séché cette nuit. Mais la pensée d’un petit déjeuner au chaud est plus forte et me décide à lancer la mécanique quotidienne : replier le sac de couchage, m’habiller, ranger les affaires dans leur sac respectif, rouler le matelas mousse et, avant de sortir de la tente, enfiler chaussettes et chaussures pour ensuite tout ranger dans le sac à dos et replier la tente.

Dans la descente vers Arrens-Marsous, un petit troupeau d’une vingtaine de brebis et quelques chèvres monte vers la montagne, sous la houlette d’un berger moustachu.

A côté de l’office du tourisme, un magasin de spécialités du terroir titillent mes papilles gustatives. Rien que des bonnes choses ici… mais je dois être raisonnable car tout ce que j’achète, je dois le porter ! Aussi, j’achèterai un PETIT morceau de fromage de brebis, un PETIT morceau de fromage de chèvre… et le plus PETIT des saucissons secs. Et comme le pain est PETIT, tout va bien !

A la sortie du magasin, j’entame une discussion avec le patron du magasin. Les montagnes, il les connait particulièrement bien car il y a été guide, pendant de nombreuses années. Il arrêta lorsqu’il constata un basculement vers des attentes consuméristes des marcheurs qui n’étaient plus prêts à porter leur barda ni à bivouaquer « à la dur », sous tente, dans la montagne. D’orénavant, il fallait que le guide leur apporte tout sur un plateau d’argent. Finis les bivouacs dans les coins sauvages, il leur faut maintenant des refuges et gîtes confortables. Terminé de transporter l’intendance avec soi, il faut qu’elle soit sur place en arrivant le soir. Le guide est devenu à présent un « prestataire de services » et le marcheur un « bon consommateur ».

Cette année, son commerce n'est pas florissant. La cause au climat pluvieux du printemps ? Non, au climat morose du pouvoir d’achat qui ne fait que s'éroder… Dans ces conditions, les produits du terroir, de meilleure qualité mais plus chers, se vendent évidemment moins bien. Et comme si ce n'était pas suffisant, cela fait deux ans qu’il n’y a pas de neige en hiver. La situation n’est pas rose… J'apprends que septembre et octobre sont encore deux bons mois pour marcher dans les Pyrénées car même si les journées sont plus courtes, elles sont encore assez chaudes grâce au vent chaud du sud qui adoucit les températures.

Je marcherai une grande partie de la journée les pieds humides... Après une petite montée pour arriver au col des Bordières, j’entame une longue marche en terrain plat le long de prés que je parcours d’un pas soutenu jusqu’au lac d’Estaing (1161m), particulièrement fréquenté. Le GR le quitte rapidement pour une longue… longue… montée, d’abord à travers bois, ensuite à travers les pelouses pour arriver au Col d’Ilhéou. Un gypaète, sorte de vautour qui se nourrit de la moelle des os qu'il brise sur les rochers, me survole...

Depuis hier, est-ce l’effet de la pizza, je fais les dénivelés d’un bon pas sans éprouver de fatigue, de sorte que j’arrive au Lac d’Ilhéou au moins une demi-heure plus tôt que prévu. Mea culpa, je me prends au refuge une boisson sucrée noire et pétillante, bien connue, à base de caféine... Il faut longer le lac pour trouver un lieu propice de bivouac car, situé dans une cuvette glaciaire, il présente peu de terrains plats. On est ici dans le parc naturel des Pyrénées, aussi la règlementation est stricte : pas de bivouac avant 19h00 !

Écrire commentaire

Commentaires : 0