Lever peu avant 7h00. Nuit correcte, pas trop froide. Dehors, le panorama n’est pas encourageant : une chape de nuages déverse du grésil fin par intermittence. 8h00, le ciel se dégage le long du sentier qui grimpe vers les cols. Je passe un... puis deux névés et me retrouve face à une cuvette de neige à gravir pour atteindre le col. Je me tâte, j’hésite, car après le premier Col des Estanyets (2520 m), il faut redescendre vers un lac certainement gelé et sous la neige pour ensuite remonter vers le Col de Vallibierna (2720 m). Je ne me sens pas suffisamment en confiance pour effectuer, seul, la traversée de cette mer blanche. Il suffit d’un trou sous la neige entre deux blocs de rochers pour que l’on ne parle plus de moi...
Je suis déjà en train de redescendre, le moral un peu miné à l’idée de devoir contourner cet obstacle en prenant les routes (en stop, en bus...) jusque Venasques... quand arrive, à hauteur du refuge, un jeune espagnol d’une vingtaine d’années. Lui, c'est Arthuro et il compte bien grimper là-haut ! Il n’a pas plus d’expérience que moi de ce type de conditions mais dans un précédent refuge, on lui a assuré que c’était faisable ! A deux, je me sens plus en confiance. Avec 15 jours de marche dans les jambes et un sac à dos de seulement 10 ou 12 kg, il me devance assez largement mais ma ténacité me pousse à tenir bon. Malgré mes 18 ou 20 kg (avec l’eau) sur le dos et mon second jour de marche, je suis assez « fier » de ma performance du jour. Mais quel heureux hasard que cette rencontre inattendue en ce début de saison sur un GR encore peu fréquenté ! Sans compter que seul, je me serais peut-être embarqué sur de mauvais tronçons, en l’absence de marques sur le GR recouvert de son manteau blanc.  Avec le recul, je me rends compte que le risque qu’il y avait à traverser ces zones était limité si ce n’est celui de se perdre facilement en prenant, en l’absence de balisage, un mauvais chemin.

Les paysages sont superbes et la météo assez correcte. Passé le second col, le plus dur est passé et je vois en contrebas Arthuro me faire un signe de la main, comme pour me dire « Adios amigo ». Mon intention était d’aller jusqu’au Camping de Venasques où nous aurions pu nous retrouver... mais mes jambes sont flageolantes et mes bâtons de marche doivent régulièrement venir à la rescousse pour rétablir mon équilibre. Aussi je m’arrête au Refuge forestier de Puente de Coronas (refuge libre d'environ 12 places), épuisé et sans voix à cause de l’air frais des hauteurs.  Trois français squattent déjà les lieux, des rando-alpinistes qui ne tardent pas, quand je leur dis que je porte 18 kg sur le dos, à me parler de leur site internet « MUL » donnant des conseils et des infos pour randonner léger. En comparaison, ils ont à peine 8 à 10 kg car tout est calculé, et chaque gramme compte pour qui veut randonner léger. Ce soir j’aspire à cela car mes épaules et mon dos me rappellent... que je n’ai plus 20 ans !

Bon à savoirRefuge forestier de Puente de Coronas : refuge libre d'environ 12 places (couchettes sans matelas)

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