Départ matinal, comme à mon habitude. Le village est encore endormi lorsque je le traverse. Depuis deux jours mes muscles vont bien, merci pour eux ! Par contre, mes ampoules aux pieds sont à vif et se rappellent douloureusement à moi à chaque tentative d’accélération. Le long chemin, bien balisé à la sortie du village, mène au bout d’une heure à la
Route de France. Ensuite, plus aucune marque... sur plusieurs kilomètres. Que le randonneur se débrouille ! A droite ? A gauche ? Allez savoir ! Ici, le guide de Pierre Macia prend toute son utilité : à droite sur plusieurs km... Et en passant devant le resto-route, je me prends deux cafe con leche. Ensuite, direction le parking dénommé « Sarrios » (toujours pas de balisage) où juste après le pont qui enjambe le Rio Gallego, je devrais prendre « une vague sente herbeuse (NW) balisée de petits piquets en bois, coiffés de rouge et de blanc » tel que décrit dans le topo-guide. Autant dire que les vaches ont eu raison depuis longtemps des petits piquets dont la plupart sont invisibles. Heureusement, des randonneurs bien intentionnés ont placé des kairns qu’il faut suivre direction WNW, en restant à flanc de montagne où l'on traverse des prairies richement fleuries d'orchidées. Et ainsi jusqu’aux télésièges où, à la fin de la route, redémarre SW un sentier à nouveau bien balisé vers le torrent de Cuvillas


Il est midi quand j’arrive aux
Lacs d’Anayet (2225 m), d’une rare beauté ! S’il n’était pas si tôt, je bivouaquerais ici. Après un pique-nique tout en longueur, je m’arrache à ce lieu pour descendre vers La Rinconada, jusqu’au Refuge de Lacuas ou du Canal Roya (en fait, une cabane...)  où je compte planter ma tente. En chemin, mes pensées vont et viennent, dans le désordre. Elles concernent l’écriture et la littérature du voyage, du quotidien... Avec cette question : puis-je tout écrire de ce que je vis ou ressent ? Ma réponse est « OUI » mais très clairement, certaines choses sont plus intéressantes que d’autres à coucher sur papier. Ainsi, vous raconter que, malgré mon hygiène irréprochable due à des ablutions quotidiennes dans les rivières montagnardes, j’ai des démangeaisons à un endroit du corps que la décence m’interdit de préciser... n’a pas beaucoup d’intérêt. Pas plus que de préciser que les chaussettes que je porte depuis 9 jours (lavées une fois, quand même !) puent plus que mon  fromage « bien curado » ou qu’évoquer l’odeur de viande avariée des Compeed sur mes ampoules purulentes. Non, vraiment, cela n’a aucun intérêt et donc je vous épargnerai ces détails là !


Il doit être entre 15 et 16h00 quand j’approche du Refugio de Lacuas / Canal Roya (1550 m). S’y agitent comme des cloportes dont on a soulevé une planche protectrice, des dizaines de soldats à côté de leur bivouac  fait d’une simple toile camouflée tendue entre leurs bâtons de randonnée. Seule une tente orange dénote dans le paysage. Un privilégié de l’armée ? "Mon" GR traverse cette « zone militaire » et je me demande si je vais pouvoir bivouaquer ici car au-delà, les terrains sont plus forestiers et pentus. Je croise UNE militaire, une femme, une vraie, certains signes ne trompent pas... à qui je pose la question.
Yes, you can but you have to go early tommorow “, me répond-elle en anglais.  No problemo, me voy a la 7”, en espagnol sur ma langue.  Je passerai une bonne partie de fin d’après-midi à observer ces militaires  – belle étude anthropologique ! -  qui par moments dorment, à d’autres s’activent et s’agitent (« Alerta ! »), mitraillette à bout de bras tandis que d’autres groupes partent, sac au dos, en montagne. Et puis, il y a ceux, nombreux, qui se retrouvent accrochés à leur GSM une fois la mission (laquelle ?) accomplie, ou encore celui qui s’en va d’un pas nonchalant s’isoler avec, dans une main, « L’Etranger, de Camus » (en français !). Sans oublier « celui à la tente orange », plus bedonnant que les autres, apparemment un instructeur, sortant le lendemain matin de son sac un gros thermos de café, probablement préparé par son épouse au petit soin pour son héros.  Et que dire de cette coquette militaire, sortant de son sac de combat un petit pot de crème et un miroir pour se faire un petit soin de visage. Ah, elle est belle l’armée ! ;-)

Bon à savoir : source d’eau à proximité de la cabane « Canal Roya ».

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