5h45. Je suis réveillé par le camion de nettoyage qui arpente les ruelles de la cité. La nuit fut calme, la Casa Alfonso étant située dans un piétonnier. Le temps de me faire un thé sur mon camping gaz et d’ingurgiter des yaourts, je suis prêt. 6h00 n’est pas loin et je suis déjà sur la route. Une quarantaine de minutes plus tard, Saneja et son camping est en vue et il me faut encore le même temps pour arriver à Guils de Cerdanya… et, enfin, quitter le bitume !

A la sortie du village, le balisage fait défaut mais le captage d’eau qu’il faut atteindre, lui, est bien visible perché sur la colline.
Autour du captage, le terrain semble attractif pour les Apollons, de très beaux papillons caractéristiques des montagnes. En quelques minutes, je photographie coup sur coup une femelle qui, probablement alourdie par les œufs contenus dans son abdomen ventru, ne peut s’envoler. Et plus loin, c’est un couple en plein acte copulatoire qui émet des sons grésillant lorsque je les approche. Probablement des bruits qui combinés aux taches rouges menaçantes des ailes sont destinés à éloigner les prédateurs. Proies faciles, en effet, durant leurs ébats amoureux…

Je le sais, il me faudra grimper, grimper encore et toujours, pendant des heures ce matin… Passées les zones caillouteuses et rases de mes lépidoptères, j’arrive à l’étage des pins puis à des prairies pâturées par des vaches et des chevaux portant autour du cou des cloches qui carillonnent. Si les bovidés m’ont toujours paru être des animaux flegmatiques et inoffensifs, les équidés, eux, m’impressionnent. Et pour tout vous dire, je ne leur fais pas trop confiance ! Devant moi, justement, un troupeau de chevaux qui pâturent. Et le GR qui passe au milieu ! Je n’ai pas le choix, il faut y aller… Curieux, les poulains s’approchent tout en gardant leurs distances (tant mieux !) sous l’œil apparemment indifférent des juments. Tout à coup, un peu plus haut dans le pré, à une centaine de mètres de moi, deux individus sortent de leur léthargie. Je ne sais quelle mouche les a piquées mais ils hennissent et commencent à galoper dans ma direction. Mon cœur se met à pomper mais ma tête me dit : surtout ne pas m'encourir ! Je m’écarte d’un bon pas tout en étant prêt à abandonner mon sac à dos et à prendre les jambes à mon cou vers un rocher au milieu de la prairie si ces tonnes de muscles font mine de ne pas s’arrêter. Mais je comprends vite que, fort heureusement, je ne suis pas l’objet d’attraction de l’étalon qui, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, monte la jument. L’affaire est réglée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. J’en profite pour filer rapidement à l’anglaise priant pour que dans son excitation il ne se s’intéresse à moi une fois l’acte consommé…



11h00, j’arrive au Refuge de Malniu. Situé au terminus d’une piste, pas mal de voitures s’y arrêtent et je n’ose imaginer l'affluence dans ce lieu le week-end. Après 5 heures de marche, je m’y repose en buvant un cafe con leche. 11h45, je redémarre pour une marche dans de splendides paysages composés de pins disséminés, de rhododendrons richement fleuris et de rivières aux eaux si cristallines qu’on s’y plongerait volontiers.
Deux heures plus tard, j’arrive au Refugio Els Engorgs, une cabane de pierre d’une dizaine de couchettes. L’endroit est calme, on y entend seulement l’eau de la rivière, le vent et de temps en temps une cloche qui carillonne plus haut dans les alpages. Au-dessus de ma tête, le ciel est d’un bleu éclatant. Il faut regarder vers la vallée pour découvrir des nuages en forme d'îles flottantes...

L’endroit et le refuge me plaisent tout de suite. Je prends mes aises et étale mes affaires autour de moi, assis à l’entrée de ma demeure d’un soir, tout en observant à loisirs deux venturons montagnards peu farouches, se nourrissant à quelques mètres de moi. Sur la porte du refuge, un très beau texte attribué à Pablo Neruda (en réalité, ce texte aurait été écrit par l'écrivain brésilien Martha Medeiros) attire mon regard : « Muere Lentamente ». A lire ! Le soleil tape mais le vent est froid à cette altitude (2375 m). Aussi, j’enfile toutes mes couches avant de sombrer dans une sieste, avachi dans l’herbe rase… Les marmottes sont discrètes et ne sifflent pas tout le temps comme elles le feraient dans les Alpes. J’en observe une à 50 mètres qui s’affaire à trouver sa pitance. Mais quand l’aigle royal épouse les crêtes rocheuses de ses larges ailes, les sifflements des vigiles aux aguets ne tardent pas à résonner dans le vallon.
Passé 19h30, le soleil tire sa révérence derrière la Portella d’Engorgs (ou de Calm Colomer) que je gravirai demain matin. Je lis des inscriptions sur les murs du refuge qui affirment qu’il y a des « rats » et effectivement je découvre des crottes de rongeurs sur les lits. Dormir avec des rats, non merci ! Etant donné que je suis seul ce soir dans le refuge et que je n’ai pas envie de voir de trop près ces animaux, s’ils sont encore présents, je pose un des matelas sur la grande table de cuisine. C’est là que je dormirai ! Isolé et en hauteur, je serai comme sur une île et me sentirai protégé. Je passerai finalement une nuit d’enfer « bercé » par le bruit de feuilles plastiques accrochées aux fenêtres et vibrant dans le vent, et par les cavalcades des « rats » qui, heureusement, se révéleront être de sympathiques lérots dans le faisceau lumineux de ma lampe de poche !

Bon à savoir
  • A la sortie du village Guils de Cerdanya, le balisage est bancal. Il faut se diriger à l'oeil vers le captage d'eau perché sur la colline d'où on retrouve le balisage du GR. 
  • Le Refuge Els Engorgs est un refuge libre (gratuit) avec matelas et couvertures, situé dans un superbe cirque montagnard.

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