Aujourd’hui, direction Tavascan, à 5h40 de marche. Première partie monotone qui emprunte une large piste forestière faisant des lacets à n’en plus finir avant d’emprunter un sentier sillonnant dans les forêts de pins. Je marche d’un pas monotone, pensif, quand traverse devant mes pieds un serpent que j’identifie rapidement comme étant une vipère aspic avec ses zigzags noirs sur le dos. Je dégaine mon appareil photo en un temps éclair et prend rapidement un cliché. Inquiète, elle s’est enroulée contre un pin et me fait face. Je m’approche et la photographie en zoomant au maximum tout en gardant une distance de sécurité d’environ 1 mètre, de crainte qu’elle ne se projette, gueule ouverte, en avant. Elle adopte une attitude de menace, souffle et suit le moindre de mes mouvements. C’est impressionnant. Je voudrais m’approcher plus près pour l’observer et la photographier dans de meilleures conditions mais je redoute par dessus tout sa morsure dans ce coin perdu du GR…

Plus haut, une autre surprise m’attend non loin du Col de Tuleda (2243 m) : des crottes, en plein milieu du chemin ! Oui, mais pas n’importe lesquelles, des crottes de grand tétras ! Cette espèce rarissime de gallinacé sauvage, de la famille des poules et des faisans, ne survit que dans quelques vieilles forêts retirées et bien préservées d’Europe. Et c’est vrai que les forêts, ici, ont des caractéristiques exceptionnellement « sauvages » : couvert herbacé important (rhododendrons, myrtilles…), abondance d’arbres morts et d’arbres couverts de lichens… Je camperais bien dans le coin pour essayer de voir cet oiseau mythique mais je sais que l’observer relève du miracle et qu’il vaut mieux aussi passer son chemin pour ne pas le déranger.
J’arrive au col quelques minutes plus tard d’où je distingue, en face, la vallée où je serai ce soir. Le GR se poursuit dans des landes à genêts avant d’aborder une piste forestière en lacets qui aboutit au village de Boldis Sobira. En chemin, j'observe de nombreux papillons profitant de l'humidité apportée par des flaques d'eau et par une crotte, peut-être de loup vu sa taille et sa forme. Je suis accueilli à l’entrée de ce village par un merisier offrant ses fruits sucrés. Le village semble endormi… Le GR se poursuit par un sentier escarpé qui suit longuement la ligne de pente et traverse des habitats secs avant de redescendre vers Tavascan et son lac de barrage. Il est environ 15h00. Mes pieds sont épuisés, il est temps que j’arrive pour faire une pause dans l’un des bars du village. Deux randonneurs parisiens m’invitent à m’asseoir à leur table. Mais d'abord, una cerveza, por favor ! Nous papotons. L’un d’eux, un habitué de la rando en montagne, a emmené son ami pour qui la montagne est une grande première. Et pour lui faire découvrir la rando, il l’a emmené sur les sentiers HRP (Haute Randonnée Pyrénéenne), plus aériens que les sentiers du GR ! Après 3 jours, le débutant réalise que la montagne n’est pas une partie de plaisir. Il n’en peut plus et je lis même sur son visage un brin de « haine » contre son compagnon qui ne l’a peut-être pas suffisamment informé de ce qu’il l’attendait… En effet, débuter par un HRP lorsqu’on est novice, c’est peut-être le meilleur moyen d’être dégouté à vie de la montagne. 16h00, je redémarre avec l’objectif de marcher encore 1h30 pour prendre de l’avance sur mon étape de demain.

J’arrive ainsi à Lleret et, passé le village, dans un tournant de la piste, j’arrive à un surplomb herbacé proche d’une bergerie qui domine la vallée. Le coin idéal pour y passer la nuit : terrain plat, beaux horizons... Il manque juste la fontaine d’eau fraiche. Je m’y installe…


Tout en déballant mes affaires, j’entends qu’un berger crie sur ses chiens. Il n’a pas l’air content. Visiblement ses acolytes ne travaillent pas comme il le voudrait. Cela n’a pas l’air facile... Peu après, le voilà marchant nonchalamment sur le chemin, précédé de ses deux chiens qui accourent avec curiosité vers moi. Je lis sur son visage l’épuisement. Le berger, la quarantaine, m’explique dans un bon anglais que depuis une semaine, son travail est éreintant car ses moutons, un cheptel de 200 têtes, veulent grimper dans la montagne et il doit absolument les retenir, les températures étant encore trop élevées et les mouches nuisibles au troupeau nombreuses là-haut. Et ce n’est pas facile de maintenir le cap avec un chien trop jeune et l’autre « qui ne comprend pas tout ». Il craint d’ailleurs d’avoir perdu quelques bêtes ayant filé à l’anglaise vers les sommets… Et si cela se vérifie, il devra alors monter à pied tout là-haut pour aller les rechercher. Et là, il est abattu…

Deux heures plus tard, il revient pour rentrer son troupeau à la bergerie. Et il craint le verdict du comptage… Mais après le décompte final, il s’avère que ses animaux sont au complet. Le sourire revient alors peu à peu et nous papotons longuement de randonnée qu’il pratique aussi dès que l’occasion se présente,
avec des amis. Un berger des temps modernes !

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