Déjà 4 jours que je marche et l’excitation que j’ai pu trouver l’année passée dans les Pyrénées françaises sur le GR 10 n’est toujours pas au RV. Un signe ne trompe pas, je fais moins de photos qu’habituellement… Les raisons sont multiples mais la principale c’est que je « souffre » : sac à dos trop lourd (en fait, 20 kg… pesé au retour), chaleur accablante, pieds qui chauffent, talon douloureux… Bref, beaucoup de souffrance, peu de plaisirs en ce moment… Et chaque jour qui passe est un nouvel espoir de lendemain qui chante… et qui n’arrive pas. Et puis, il y a aussi des questions existentielles : pourquoi partir, pourquoi marcher, quel est le sens de marcher seul sur des sentiers où je ne croise personne ? Alors me revient en mémoire le film « Into the wild » où l’acteur principal réalise subitement que « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ». C’est une évidence, la vie pour le moment se trouve loin du GR 11 où je ne croise personne. Mais je ne veux pas arrêter après seulement 4 jours. D’expérience, je sais que les premiers jours sont un cap parfois difficile à passer. Je me fixe 10 jours de marche, après on verra… Chemin faisant, je fais une halte à La Junquera où je m’approvisionne de yaourts et de cerises que je mange sur un banc à coté d’une école. Quant au croissant au chocolat, je ne sais pas pourquoi je l'ai acheté car il m’écœure rien qu’à le regarder. Après 2 bouchées, direction poubelle... 

9h30, je quitte cette ville horrible collée à l’autoroute. Une longue et interminable montée m’attend mais la récompense m’attend au sommet, à l’Ermitage Santa Eugenia que j’atteints vers midi. Sous les chênes où je m'installe d'abord, des centaines d’aoutats courent en tous sens. Aussi je me réfugie sur un coin de pelouse à côté d’une piscine à ¾ vide qui, périodiquement, se remplit de grosses giclées d’eau… Epuisé, mon cerveau ne décode pas directement cette information. Le franc tombe plus tard… Mais… mais… S’il y a de l’eau, peut-être qu’il y en a aussi des douches au bord de la piscine ? Et ce que je perçois comme un cadeau du ciel est au rendez-vous ! Ni une ni deux, en tenue d’Adan je me savonne et en profite pour laver les vêtements gorgés de sueurs que je porte depuis 5 jours maintenant. Quel bonheur ! Il faut souffrir, suer toute l’eau de son corps, avoir la gorge sèche et les vêtements qui collent au corps pour apprécier la joie simple de boire un verre d’eau fraiche et de prendre une douche froide !

14h00, je redémarre d’un bon pas dans mes vêtements proprets. Pendant une vingtaine de minutes, sous un soleil voilé et sur un chemin plat, je savoure le plaisir de ne plus avoir les vêtements qui me collent à la peau. Mais ce bien-être sera de courte durée. Petit à petit, je sens les gouttes d’eau perler sur mon front et suinter de mon corps… et les derniers kilomètres le long de la route macadamisée qui grimpe vers La Vajol sont fatals sous le soleil. Je ne vois plus les paysages, toutes mes pensées sont désormais accaparées par des images de boissons fraîches avec des glaçons… Dégoulinant, j’arrive au village où je pensais pouvoir loger cette nuit. Mais l’hôtel renseigné dans mon topoguide n’existe plus. Je me console au restaurant du village en ingurgitant un tonic rafraîchissant 16h00 sonne et je suis bon pour continuer à marcher même si mes pieds me disent d’arrêter. Le chemin, d’abord large, se réduit ensuite à quasi rien dans la descente vers le Pont del Grau. Je n’en peux plus mais les terrains escarpés n’offrent aucune possibilité pour planter la tente. Il me faut continuer… Je suis encouragé par le rossignol et le pouillot de Bonelli qui se plaisent ici dans les chênes-lièges envahis d’arbustes.

J’arrive à une fontaine renseignée dans mon topo-guide au milieu de la forêt. Enfin une fontaine qui coule ! Je m’affale et c’est décidé, je n’irai pas plus loin ce soir. Tant pis, ma tente, je la planterai en plein milieu du GR, en contrebas de la fontaine, qui présente quelques m² de terrain plat ! Tout s’enchaîne alors rapidement car je veux établir mon campement avant les assauts des escadrilles de moustiques et pouvoir me coucher après les ablutions minimales syndicales…


Bon à savoir : l’hôtel « La Vajol » renseigné dans le topoguide est fermé.

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