Nature, randos, voyages, photos...


Ceux qui ne sont jamais partis ne savent pas ce qu'ils perdent. Aveuglés par l'habitude, ils vivent au milieu de leurs semblables - mot horrible, si l'on veut bien y réfléchir - jusqu'à ne plus savoir distinguer la singularité des êtres (et la leur propre). Au lieu que le marcheur, sans cesse en mouvance, ne fait que croiser le chemin d'autrui, un bref instant : un instant pourtant où tout est dit. Vient-il à rencontrer un homme, il ne s'interroge pas sur la qualité d'une présence mais celle d'un destin. En quelques traits lui est révélé ce qui, chez le passant du hasard, vaut la peine d'être retenu: l'Autre "tel qu'en lui-même"... A ce stade, on ne fréquente plus des apparences mais des essences - si fugitives que soient les silhouettes qui leur prêtent corps. Rare privilège dont ont su faire leur fruit tous les écrivains de l'errance, et Cervantès au premier chef, pour qui la croisée des chemins est à jamais le seul lieu qui révèle son homme.
Extrait de la "Note de l'éditeur" du livre de Laurie Lee. "Un beau matin d’été". Sur les chemins d’Espagne 1935-1936. Phébus Libretto, 262 pages.


Si "partir c'est mourir un peu", rester, c'est s'enterrer beaucoup [Jacques Lacarrière]


« Un droit que bien peu d’intellectuels se soucient de revendiquer, c’est le droit à l’errance, au vagabondage. Et pourtant, le vagabondage, c’est l’affranchissement, et la vie le long des routes, c’est la liberté. Rompre un jour bravement toutes les entraves dont la vie moderne et la faiblesse de notre cœur, sous prétexte de liberté, ont chargé notre geste, s’armer du bâton et de la besace symboliques, et s’en aller !

 

Pour qui connaît la valeur et aussi la délectable saveur de la solitaire liberté (car on n’est libre que tant qu’on est seul), l’acte de s’en aller est le plus courageux et le plus beau. Égoïste bonheur, peut-être. Mais c’est le bonheur, pour qui sait le goûter. Etre seul, être pauvre de besoins, être ignoré, étranger et chez soi partout, et marcher, solitaire et grand à la conquête du monde.»

 

 

[Citation d'Isabelle Eberhardt]


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